En bref
Université de l’Autoconsommation PV – UAPV – 2026 (Enerplan) : intervention de Me Florian Ferjoux sur les réformes de l’autoconsommation collective
[communiqué] Le cabinet Gossement Avocats ne participe à aucun « classement » de cabinets d’avocats
Véhicule hors d’usage : le traitement par les centres VHU des véhicules relevant d’un système individuel en l’absence de contrat de gestion est légal (Conseil d’Etat, 30 juillet 2026, n°502483)
[Communiqué] Loi d’urgence agricole : le cabinet Gossement Avocats dépose une contribution extérieure devant le Conseil constitutionnel contre l’article relatif à l’autorisation de substances néonicotinoïdes en violation du droit à un environnement sain et équilibré, du principe de précaution, du principe de participation du public
Certificats d’économies d’énergie : le Gouvernement prépare un nouveau dispositif de lutte contre la fraude en réaction à l’avis du Conseil d’Etat du 24 février 2021
Le Gouvernement vient de déposer à l’Assemblée nationale un amendement sur le projet de loi « climat et résilience » dans le but de créer un nouveau et important dispositif de lutte contre la fraude aux certificats d’économies d’économies d’énergie. Un amendement d’autant plus important que « Le dispositif des certificats d’économies d’énergie (CEE) est le principal outil pour accompagner financièrement les ménages dans la rénovation de leur logement ».
Résumé
L’amendement n°5351 que le Gouvernement vient de déposer à l’Assemblée nationale sur le projet de loi climat et résilience a pour but :
- d’une part, de renforcer les capacités de détection des certificats frauduleux par l’administration. Le système d’échange d’informations sur les CEE actuellement mis en place entre la DGCCRF, les Douanes, et les services fiscaux sera substantiellement étendu à la Direction Générale du Travail (et son réseau déconcentré associé), à TRACFIN, au réseau de l’URSSAF, à la police nationale et municipale, à la gendarmerie nationale, et à l’ANAH.
- d’autre part, de renforcer le dispositif de répression des certificats frauduleux. L’amendement prévoit ainsi de revenir sur l’avis du 24 février 2021 par lequel le Conseil d’Etat a précisé qu’en l’état actuel du droit, un certificat d’économies d’énergie délivré à la suite d’une fraude ne peut pas être annulé dans les mains de son dernier détenteur.
Commentaire
1. Le dispositif à venir devrait être (très) conséquent. L’amendement n°5351 démontre que le Gouvernement considère que ce nouveau dispositif de lutte contre la fraude aux CEE relève du niveau de la loi et non pas simplement du décret
L’amendement n°5351 prévoit en effet
- de modifier l’article L. 222-10 du code de l’énergie (texte de niveau législatif) pour étendre le système d’échange d’informations sur les CEE, actuellement mis en place entre la DGCCRF, les Douanes, et les services fiscaux sera substantiellement étendu à la Direction Générale du Travail (et son réseau déconcentré associé), à TRACFIN, au réseau de l’URSSAF, à la police nationale et municipale, à la gendarmerie nationale, et à l’ANAH
- d’habiliter le Gouvernement, sur le fondement de l’article 38 de la Constitution, à adopter, non pas un simple décret mais une ordonnance, soit un texte qui, une fois ratifié par le Parlement aura valeur législative. Et ce, pour revenir sur l’avis du 24 février 2021 par lequel le Conseil d’Etat a précise qu’un certificat d’économies d’énergie ne peut être annulé dans les mains du dernier détenteur.
2. La volonté du Gouvernement de modifier la loi applicable aux certificats d’économies d’énergie préfigure la création de nouvelles sanctions et procédures de prononcé de ces sanctions rendues plus efficaces encore par la coopération renforcée de toutes les administrations concernées
3. Il est fort probable que cette réforme sera d’application d’application immédiate à toutes les procédures en cours sous réserve des décisions de justice passées en force de chose jugée.
Analyse
Aux termes de l’amendement n°5351, s’il est adopté :
- l’article L.222-10 du code de l’énergie sera modifié pour étendre le système d’échanges d’informations sur les CEE entre administrations
- le Gouvernement sera habilité à modifier par ordonnance le dispositif de sanctions
I. Sur la détection des certificats d’économies d’énergie frauduleux
L’amendement n°5351 prévoit la modification suivante de la rédaction de l’article L.222-10 du code de l’énergie
« I. A l’article L. 222-10 du code de l’énergie, au premier alinéa, les mots : « et de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes, » sont remplacés par les mots : « de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes, des entreprises, du travail et de l’emploi, de la lutte contre les circuits financiers clandestins, le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme, ainsi que les fonctionnaires et agents de la police nationale, de la police municipale et de la gendarmerie nationale, les organismes en charge du recouvrement du régime général de la Sécurité Sociale, et l’agence mentionnée à l’article L. 321-1 du code de la construction et de l’habitation, ».
Pour mémoire et comme le précise l’exposé des motifs de cet amendement, la loi n° 2019-1147 du 8 novembre 2019 relative à l’énergie et au climat « a modifié le cadre juridique applicable aux échanges d’informations entre le PNCEE et d’autres administrations afin de permettre ces échanges ».
Pour l’heure, ces échanges sont possibles entre la DGCCRF, les Douanes, et les services fiscaux. L’amendement n°5351 « vise en premier lieu à étendre ce cadre d’échanges d’informations à la Direction Générale du Travail (et son réseau déconcentré associé), à TRACFIN, au réseau de l’URSSAF, à la police nationale et municipale, à la gendarmerie nationale, et à l’ANAH ».
Le motif de cette réforme est le suivant : « A titre d’illustration près de 400 droits de communication ou réquisitions ont été adressées au PNCEE par ces administrations partenaires depuis 2017, dont plus de la moitié en provenance des services fiscaux. »
II. Sur l’annulation des certificats d’économies d’énergie frauduleux
L’amendement n°5351 prévoit également d’habiliter le Gouvernement à compléter, par ordonnance, le dispositif de répression des CEE frauduleux :
« II. Dans les conditions prévues à l’article 38 de la Constitution et dans un délai de douze mois à compter de la promulgation de la présente loi, le Gouvernement est autorisé à prendre par voie d’ordonnance toute mesure relevant du domaine de la loi afin de prévenir, limiter ou faire cesser l’obtention, le maintien ou la circulation de certificats d’économies d’énergie obtenus de manière frauduleuse, notamment lorsqu’ils ont été cédés à des tiers. »
Pour mémoire,
- par un avis assez complexe du 24 février 2021, le Conseil d’Etat a précisé que les CEE frauduleux ne peuvent pas, en l’état du droit, être annulés dans les mains de leur dernier détenteur ;
- une ordonnance a, tout d’abord une valeur réglementaire une fois publiée au JO, puis législative une fois ratifiée par le Parlement. L’ordonnance à venir aura pour objet de « limiter ou faire cesser l’obtention, le maintien ou la circulation de certificats d’économies d’énergie obtenus de manière frauduleuse, notamment lorsqu’ils ont été cédés à des tiers ».
La volonté du Gouvernement de revenir sur l’avis du Conseil d’Etat est clairement exprimée dans l’exposé des motifs de l’amendement :
« Le présent amendement vise à tirer les conséquences d’un cas de fraude majeure, survenu en 2018, consistant en la déclaration de multiples travaux n’ayant jamais eu lieu. La société en cause ayant été rapidement dissoute, cette situation particulière a conduit en 2018 le ministère de la transition écologique à prononcer l’annulation des CEE sur les comptes des derniers détenteurs, afin d’éviter la circulation sur le marché national de titres ne correspondant à aucune économie d’énergie réelle.
Saisi pour avis par le tribunal administratif de Dijon, le Conseil d’Etat a considéré qu’en l’absence de toute disposition du code de l’énergie l’y habilitant, le ministre chargé de l’énergie ne peut, dans l’hypothèse où des certificats d’économies d’énergie acquis de manière frauduleuse par leur premier détenteur ont été cédés à un tiers, faire procéder à l’annulation des certificats litigieux dans le compte du nouveau détenteur.
L’amendement proposé vise à tenir compte de cet avis en habilitant le gouvernement à prendre par ordonnance toute disposition permettant de prévenir, limiter ou faire cesser l’obtention, le maintien ou la circulation de certificats obtenus de manière frauduleuse.«
On soulignera les termes « , notamment lorsqu’ils ont été cédés à des tiers » ce qui signifie que l’intention du Gouvernement n’est pas uniquement de permettre l’annulation des CEE dans les mains des derniers détenteurs en réaction à l’avis émis le 24 février 2021 par le Conseil d’Etat.
L’ensemble des acteurs du dispositif des certificats d’économies d’énergie veillera à suivre avec grande attention l’avancement de cette réforme.
Arnaud Gossement
Avocat associé- docteur en droit
Professeur associé à l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne
Vous avez apprécié cet article ? Partagez le sur les réseaux sociaux :
Découvrez le cabinet Gossement Avocats
Gossement Avocats est une référence dans ses domaines d’excellence :
droit de l’environnement, droit de l’énergie, droit de l’urbanisme, tant en droit public qu’en droit privé.
À lire également
Chaleur renouvelable : le Gouvernement suspend le dépôt des nouvelles demandes d’aide au titre du Fonds chaleur de l’ADEME
Mauvaise nouvelle pour le climat et pour l'ADEME. Depuis le 3 novembre 2026, plus aucune nouvelle demande de financement ne peut être déposée au titre du Fonds chaleur. Géré par l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME) depuis 2009, ce...
Loup : deux projets d’arrêtés relatifs à son statut de protection et au plafond de destruction, soumis à consultation du public
Du 30 octobre au 22 novembre 2026, le ministère de la transition écologique soumet à la consultation du public deux projets d'arrêtés relatifs au loup. Le premier modifie l'arrêté du 23 février 2026 définissant son statut de protection et les conditions de sa...
Gossement Avocats annonce la cooptation de Florian Ferjoux en qualité d’associé
Paris, le 2 novembre 2026 - Gossement Avocats annonce la cooptation de Florian Ferjoux en qualité d'associé. Il rejoint ainsi Arnaud Gossement, associé gérant et fondateur du cabinet, et Emma Babin, associée, avocate au barreau de Rennes. Avocat au Barreau de Paris...
Climat : la Commission européenne présente un cadre pour la résilience climatique et propose une « loi européenne sur la résilience climatique » fondée sur une trajectoire de réchauffement de référence de 3 °C en 2100
La Commission européenne a présenté, le 27 octobre 2026, un "cadre de l'Union pour la résilience climatique" (cf. communiqué de presse IP/26/2244). Ce cadre repose sur une communication et sur une proposition de règlement dite « loi européenne sur la résilience...
Adaptation au changement climatique : le Parlement examine la proposition de loi inscrivant dans la loi le plan national d’adaptation (PNACC) et la trajectoire de réchauffement de référence pour l’adaptation au changement climatique (TRACC)
Voici un texte important pour la politique nationale d'adaptation au changement climatique qui pourrait, sous réserve du résultat des travaux parlementaires en cours, permettre une vraie avancée. Le Sénat vient d'adopter en première lecture, ce 19 octobre 2026, la...
IA : l’usage abusif de l’intelligence artificielle peut mener à une amende pour recours abusif (nouvel état de la jurisprudence)
Les décisions par lesquelles le juge administratif fait part de son agacement grandissant à l’endroit des requêtes mal rédigées à l’aide d’outils d’intelligence artificielle se multiplient. Il est désormais certain que rédiger une requête devant le juge administratif...
Découvrez le cabinet Gossement Avocats
Notre Cabinet
Notre valeur ajoutée :
outre une parfaite connaissance du droit, nous contribuons à son élaboration et anticipons en permanence ses évolutions.
Nos Compétences
Gossement Avocats est une référence dans ses domaines d'excellence :
droit de l'environnement, droit de l'énergie, droit de l'urbanisme, tant en droit public qu'en droit privé.
Contact
Le cabinet dispose de bureaux à Paris, Rennes et intervient partout en France.






