Chasse : confirmation de la suspension de la chasse du Grand tétras pour une durée de cinq ans (Conseil d’Etat, 6 décembre 2023, n°468959)

Déc 7, 2023 | Droit de l'Environnement

Par une décision du 6 décembre 2023, n°468959, le Conseil d’Etat a rejeté la requête de la Fédération des chasseurs qui lui demandait d’annuler l’arrêté du 1er septembre 2022 du ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires suspendant la chasse au grand tétras, en France métropolitaine, pour une durée de cinq ans. Notre cabinet, qui a mené d’importants contentieux pour l’association One Voice contre les autorisations de chasse des galliformes de montagne, salue cette décision importante pour la biodiversité. 
Pour rappel
La ministre de la transition écologique avait, par une décision du 12 avril 2021, refusé de prendre un arrêté suspendant la chasse du grand tétras pour une durée de cinq ans. Plusieurs associations dont France Nature Environnement avaient alors demandé l’annulation de ce refus.
Par une décision du 1er juin 2022, n°453232, le Conseil d’État a annulé le refus de la ministre et lui a enjoint de prendre un arrêté suspendant la chasse de cette espèce. Il a retenu que, si la chasse du grand tétras n’était pas interdite du fait notamment de son inscription à la partie B de l’annexe II de la directive du 30 novembre 2009, la gravité de la situation de cette espèce en mauvais état de conservation imposait de s’abstenir de tout prélèvement sur l’ensemble du territoire pendant une durée assez longue. La chasse du grand tétras n’était donc pas compatible avec le maintien de l’espèce et il était nécessaire de la suspendre, et non pas de fixer des quotas de prélèvements à zéro.
En exécution de cette décision, le ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires a pris un arrêté le 1er septembre 2022 suspendant la chasse du grand tétras en France métropolitaine pour une durée de cinq ans.

La Fédération nationale des chasseurs a demandé l’annulation de cet arrêté.

Commentaire

La Fédération nationale des chasseurs se prévalait d’un vice de procédure tenant à l’avis du Conseil national de la chasse et de la faune sauvage qui n’aurait pas été régulièrement délivré ; et d’une erreur d’appréciation en ce que l’arrêté interdisait la chasse au grand tétras pour une durée de cinq ans sur l’ensemble du territoire.

En premier lieu, sur le vice de procédure, le Conseil d’État a retenu que le Conseil national de la chasse a bien été consulté et que son avis n’a pas été vicié du fait de la décision du Conseil d’État ordonnant la suspension de la chasse dans sa décision de juin.

En second lieu, le Conseil d’État a écarté le moyen tiré de l’erreur d’appréciation. Il a jugé que l’arrêté attaqué a été adopté à la suite de sa décision du 1er juin 2022 rendue en considération de la gravité de la situation de l’espèce nécessitant de s’abstenir de tout prélèvement incompatible avec son maintien.

Eu égard à l’autorité absolue de chose jugée, qui s’attachait aux motifs de sa décision du 1er juin 2022, la Fédération requérante ne pouvait utilement se prévaloir de ce que la suspension de la chasse méconnaîtrait les principes de la gestion adaptative ou placerait l’espèce dans une situation de danger, en ce qu’elle deviendrait isolée des chasseurs.

La requête de la Fédération nationale des chasseurs a donc été rejetée.

Caroline Grenet

avocate – cabinet Gossement Avocats

Vous avez apprécié cet article ? Partagez le sur les réseaux sociaux :

Découvrez le cabinet Gossement Avocats

Gossement Avocats est une référence dans ses domaines d’excellence :
droit de l’environnement, droit de l’énergie, droit de l’urbanisme, tant en droit public qu’en droit privé.

À lire également

Chasse : le juge des référés du tribunal administratif de Marseille suspend la chasse du lièvre variable, du tétras-lyre et de la perdrix bartavelle dans les Alpes-de-Haute-Provence (TA Marseille, ord., 8 et 9 octobre 2026, association One Voice et autres – dossiers cabinet)

Chasse : le juge des référés du tribunal administratif de Marseille suspend la chasse du lièvre variable, du tétras-lyre et de la perdrix bartavelle dans les Alpes-de-Haute-Provence (TA Marseille, ord., 8 et 9 octobre 2026, association One Voice et autres – dossiers cabinet)

Par deux ordonnances rendues les 8 et 9 octobre 2026, le juge des référés du tribunal administratif de Marseille a suspendu, à la demande de l'association One Voice (et de la LPO et FNE pour la deuxième affaire) défendue par le cabinet Gossement Avocats, en pleine...

Hydroélectricité : les débits nécessaires à l’alimentation des dispositifs de continuité écologique sans incidence sur la puissance maximale brute de l’installation (Conseil d’État, 29 mai 2026, n°500309)

Hydroélectricité : les débits nécessaires à l’alimentation des dispositifs de continuité écologique sans incidence sur la puissance maximale brute de l’installation (Conseil d’État, 29 mai 2026, n°500309)

Par arrêt du 29 mai 2026, le Conseil d’État a apporté une précision importante sur l’incidence des débits nécessaires à l’alimentation des dispositifs de continuité écologique (dispositif de dévalaison et passe à poissons) sur la valeur du débit correspondant à la puissance maximale brute dont l’exploitant est autorisé à disposer. Il a également rappelé que les ouvrages hydroélectriques doivent respecter les exigences liés à la continuité écologique, celles-ci étant susceptibles d’avoir une incidence sur l’efficacité énergétique de l’installation

Hydroélectricité : l’administration peut refuser d’autoriser une installation qui n’exploite pas de manière optimale le potentiel énergétique du site d’implantation (Conseil d’État, 2 octobre 2026, n°504303)

Hydroélectricité : l’administration peut refuser d’autoriser une installation qui n’exploite pas de manière optimale le potentiel énergétique du site d’implantation (Conseil d’État, 2 octobre 2026, n°504303)

Par une récente décision n°504303 du 2 octobre 2026, le Conseil d’État a considéré que l’autorité administrative peut valablement refuser de délivrer l’autorisation sollicitée en vue d’exploiter une micro-centrale hydroélectrique, lorsque l’ouvrage projeté n’exploite pas de manière optimale le potentiel hydroélectrique du site.

Découvrez le cabinet Gossement Avocats

Notre Cabinet

Notre valeur ajoutée :
outre une parfaite connaissance du droit, nous contribuons à son élaboration et anticipons en permanence ses évolutions.

Nos Compétences

Gossement Avocats est une référence dans ses domaines d'excellence :
droit de l'environnement, droit de l'énergie, droit de l'urbanisme, tant en droit public qu'en droit privé.

Contact

Le cabinet dispose de bureaux à Paris, Rennes et intervient partout en France.