En bref
📢[webinaire] « L’éco-blanchiment (« greenwashing ») : le point sur le cadre juridique des allégations environnementales ». Matinale du droit de l’environnement du SERDEAUT, le 25 juin 2026
Solaire : Gossement Avocats défend la société Enertrag et obtient une décision favorable pour un parc photovoltaïque couplé avec une activité agricole (Cour administrative d’appel de Lyon)
[communiqué] Le cabinet Gossement Avocats ne participe à aucun « classement » de cabinet d’avocats
📢[webinaire] « L’autorisation environnementale : le point sur le droit applicable », matinale SERDEAUT Paris I le jeudi 21 mai 2026
[Tribune] Comment répondre au « backlash écologique » ? Le point de vue d’un juriste
Dans le monde entier, des responsables politiques – comme le nouveau président Donald Trump – remettent en cause l’intérêt d’une transition écologique et appellent à revenir sur des choix et des normes destinés à protéger l’environnement et la santé. Ce mouvement a été qualifié de « backlash écologique ». Un mouvement qui n’hésite pas à contredire des faits scientifiques – par exemple sur le changement climatique – et dont l’une des principales revendications est la « simplification » du droit de l’environnement. Comment répondre à ce « backlash écologique » ? Et surtout : faut-il y répondre ? Le point de vue d’un juriste. NB : La présente tribune n’engage que son auteur et pas les autres membres du cabinet.
Dès le 20 janvier 2025, au premier jour de son mandat, le nouveau président américain Donald Trump a entendu signer plusieurs décrets (« executive orders ») dont plusieurs annulent des décisions favorables à la lutte contre le changement climatique. La guerre au droit de l’environnement a donc été déclarée tout de suite. En Europe, plusieurs dirigeants ont appelé à une « pause réglementaire » pour freiner la mise en œuvre du « Green Deal » voire reporter l’application de certains textes comme la directive sur le devoir de vigilance des entreprises. En France et particulièrement au Sénat, au motif d’une lutte contre la « surtransposition » du droit de l’Union européenne, nombre de textes ont été déposés pour supprimer des agences environnementales ou assouplir les conditions d’autorisation de destruction d’espèces protégées ou de mise sur le marché de produits phytosanitaires (pesticides). Paradoxalement, cette critique de l’écologie intervient à un moment où les conséquences du changement climatique s’intensifient, des incendies de Los Angeles aux crues en Bretagne.
Nuancer. Il faut, non pas nier, mais nuancer l’importance de ce « backlash écologique ». L’histoire de l’écologie a déjà été marquée par des cycles d’intérêt plus ou moins fort pour cet enjeu. Ainsi, en France, le Grenelle de l’environnement organisé en 2007 a été suivi par le vote, en 2009 et 2010, de lois très longues qui ont permis de nombreux progrès du droit de l’environnement. Ce cycle s’est terminé sur la déclaration célèbre du président de la République d’alors : « l’environnement, ça commence à bien faire ».
Le souci de la nuance nous permet aussi de vérifier que notre époque est marquée par des évolutions contradictoires. D’un côté des dirigeants populistes caricaturent les choix effectués pour lutter contre le changement climatique et freiner l’érosion de la biodiversité. De l’autre, la transition écologique se poursuit grâce, notamment, à l’engagement de très nombreux acteurs économiques. Il faut donc refuser un débat tronqué, uniquement destiné à créer de la polarisation des opinions. Ce débat « pour/ contre » ou « oui/non » appauvrit l’analyse et il faut le refuser en faisant un pas de côté. Face à la caricature simpliste des normes environnementalistes, il est sans doute inutile de répondre par l’indignation et le refus de toute simplification, au risque d’alimenter la caricature qui est faite par l’adversaire et de prolonger un débat polémique et stérile.
Simplifier. Il faut sortir du débat « pour/contre » sur la simplification du droit en s’interrogeant sur la définition du terme « simplification ». Ce mot déchaine les passions chez des personnes qui s’affrontent alors qu’elles ne parlent pas de la même chose. A tel point que la simplification du droit est souvent synonyme de nouveaux textes mal rédigés et produit donc l’effet inverse de celui recherché. Jusqu’à présent, les innombrables lois de simplification – notamment la loi dite « industrie verte » du 23 octobre 2023 ont surtout produit… de la complexité et ajouté de nouvelles pages dans les codes de l’environnement et de l’énergie. Il faut s’entendre sur le sens du mot « simplification » et ne pas, par principe, s’y opposer. Même les juristes spécialisés éprouvent régulièrement des difficultés à lire tous les textes publiés chaque jour au journal officiel et à régler tous les problèmes d’interprétation qu’ils suscitent. Réduire le rythme de la production de normes, améliorer leur qualité de rédaction, garantir leur stabilité, assurer la sécurité juridique des acteurs économiques sont donc autant de chantiers à engager. Et sur lesquels un consensus est possible comme les Etats généraux de la modernisation du droit de l’environnement organisés en 2013 par la ministre Delphine Batho (avec le concours de l’auteur de ces lignes) l’avait démontré.
Eduquer et former. Les réseaux sociaux, nombre de médias ou de séries continuent d’entretenir un « idéal » de consumérisme selon lequel la réussite et l’épanouissement personnels seraient fonction de la capacité des individus – réduits à un statut de consommateurs – à acheter nombre de biens inutiles, le plus souvent possible. Face à ce mouvement très puissant, culpabiliser les clients de la fast-fashion ou surestimer la capacité d’une règle de droit à changer la société ne suffira pas.
On ne lutte pas contre les influenceurs de Dubaï avec un décret. Il est sans doute plus efficace de relire l’article 8 de la Charte de l’environnement dont nous allons fêter le 20ème anniversaire : « L’éducation et la formation à l’environnement doivent contribuer à l’exercice des droits et devoirs définis par la présente Charte ». Le niveau d’éducation et d’information des citoyens sur les enjeux écologiques et le coût environnemental et sanitaire de leurs choix de consommation demeure bien trop bas. L’Etat pourrait consacrer moins d’énergie à la production de nouvelles normes et bien plus de moyens à la culture, l’éducation et l’information pour élever considérablement notre niveau de sensibilisation et d’information sur les enjeux écologiques.
Le rôle essentiel des artistes, des enseignants et des journalistes dans la lutte contre le crétinisme et l’abrutissement devrait être mieux reconnu. Des campagnes d’information sur la consommation durable pourraient être plus fréquentes. Des médias plus engagés pour consacrer davantage de temps et d’espace à toutes les expressions de l’écologie seraient précieux. Cet effort d’éducation et de formation intéresse en réalité tous les métiers, du conseiller bancaire qui informe son client sur l’utilisation plus ou moins écologique de son épargne, à l’artisan qui renseigne le sien sur l’éco-conception des matériaux utilisés et le devenir des déchets générés par un chantier. Plus que jamais l’éducation et la formation sont les réponses prioritaires à apporter à celles et ceux qui soutiennent que le changement climatique est une « arnaque » et que la surconsommation est une solution.
Comment répondre au « backlash écologique » ? Sans doute en refusant de lui répondre directement au risque de lui donner trop d’importance et d’alimenter des polémiques dans lesquelles les personnes soucieuses de l’environnement sortent généralement perdantes en raison de la complexité de l’enjeu.
Arnaud Gossement
avocat et professeur associé à l’université Paris I Panthéon-Sorbonne
Vous avez apprécié cet article ? Partagez le sur les réseaux sociaux :
Découvrez le cabinet Gossement Avocats
Gossement Avocats est une référence dans ses domaines d’excellence :
droit de l’environnement, droit de l’énergie, droit de l’urbanisme, tant en droit public qu’en droit privé.
À lire également
A69 : un projet « d’utilité publique » est sans doute aussi « d’intérêt public majeur » (Dalloz Actualités)
Le cabinet remercie le professeur Frédéric Balaguer et Dalloz Actualités d'avoir publié le commentaire, rédigé par Arnaud Gossement, de la décision du 29 juin 2026 par laquelle le Conseil d'Etat a rejeté les pourvois des associations opposées au projet d'autoroute A...
1er juillet 2026 : entrée en vigueur du décret du 21 avril 2026 relatif à la simplification de la procédure devant le juge administratif pour les projets stratégiques
Le Gouvernement a publié, au journal officiel du 22 avril 2026, le décret n° 2026-302 du 21 avril 2026 relatif à la simplification de la procédure contentieuse en matière environnementale et à l'accélération de certains projets. Ce décret a pour ambition principale de...
« Loi Duplomb » : le Sénat inverse la logique du principe de précaution pour l’autorisation des substances de la famille des néonicotinoïdes
Le 29 juin 2026, le Sénat a adopté, en séance publique, l'article 2 quater du projet de loi d’urgence pour la protection et la souveraineté agricoles. Un article qui reprend, pour l'essentiel, le contenu de la proposition de loi (dite « Duplomb 2 ») « visant à...
Certificats d’économies d’énergie : publication du décret n°2026-560 du 26 juin 2026 relatif à la gestion des comptes dans le registre national des certificats d’économies d’énergie
Le Gouvernement a publié au JO du 30 juin 2026, le décret n°2026-560 du 26 juin 2026 relatif à la gestion des comptes dans le registre national des certificats d’économies d’énergie. Ce décret a été pris pour l'application de la loi n°2025-594 du 30 juin 2025 contre...
Stockage d’électricité : suspension de l’exécution du retrait d’un permis de construire dans le cadre d’un référé suspension (TA Lille, ord., 16 juin 2026, n°2605575)
Par une ordonnance du 16 juin 2026, n°2605575, le juge des référés du Tribunal administratif de Lille a suspendu les effets d’une décision de retrait d’un permis de construire, qui avait été délivré de manière tacite, pour la construction d'une centrale de stockage...
Autoconsommation : publication du décret n°2026-561 du 26 juin 2026 relatif aux règles de répartition de l’énergie au sein d’une opération d’autoconsommation collective
Le Gouvernement a publié au journal officiel du 30 juin 2026, le décret n° 2026-561 du 26 juin 2026 relatif aux règles de répartition de l'énergie au sein d'une opération d'autoconsommation collective. Il a pour objet d’encadrer la répartition de l'énergie...
Découvrez le cabinet Gossement Avocats
Notre Cabinet
Notre valeur ajoutée :
outre une parfaite connaissance du droit, nous contribuons à son élaboration et anticipons en permanence ses évolutions.
Nos Compétences
Gossement Avocats est une référence dans ses domaines d'excellence :
droit de l'environnement, droit de l'énergie, droit de l'urbanisme, tant en droit public qu'en droit privé.
Contact
Le cabinet dispose de bureaux à Paris, Rennes et intervient partout en France.






