Certificats d’économies d’énergie : les fournisseurs de gaz de pétrole liquéfié demeurent soumis au dispositif (Conseil d’Etat)

Déc 12, 2018 | Droit de l'Environnement

Par une décision n° 410360 du 3 décembre 2018, le Conseil d’Etat refuse de soustraire les fournisseurs de gaz de pétrole liquéfié au dispositif des certificats d’économies d’énergie (CEE).

En l’espèce, un fournisseur de gaz a introduit une requête devant le Conseil d’Etat tendant à titre principal à l’abrogation des 3° et 6° des articles R. 221-2 et R. 221-3 et de l’article R. 221-4 du code de l’énergie et à titre subsidiaire, à la modification du 6° de l’article R. 221-3 de ce code.

Pour mémoire, les dispositions visées prévoient les seuils à prendre en compte pour fixer les obligations d’économies d’énergie à réaliser par les fournisseurs de gaz de pétrole liquéfiés (carburant ou combustible) et pour identifier les fournisseurs de gaz de pétrole liquéfiés soumis au dispositif des CEE

En premier lieu, les dispositions faisant l’objet du contentieux ont été adoptées sur le fondement des articles L. 221-1 et L. 221-1-1 du code de l’énergie. La requérante invoquait donc l’exception tirée de l’inconventionnalité des articles L. 221-1 et L. 221-1-1 du code de l’énergie avec la directive 2012/27/UE du 25 octobre 2012 relative à l’efficacité énergétique.

De première part, elle se prévalait plus spécifiquement du considérant 20 de la directive selon lequel « Les États membres devraient, en particulier, avoir la faculté de ne pas imposer cette obligation aux distributeurs d’énergie de petite taille, aux petites entreprises de vente d’énergie au détail et aux petits secteurs énergétiques afin de ne pas leur imposer une charge administrative disproportion« . Elle prétendait sur ce fondement que l’Etat aurait dû exclure du dispositif le secteur du gaz de pétrole liquéfié.

Cette première branche du moyen est rejetée par le Conseil d’Etat qui considère que le considérant 20 instaure « pour les Etats membres une simple faculté et non une obligation d’exclure les petits secteurs énergétiques« .

De deuxième part, la requérante soutenait que le principe général du droit de l’Union européenne d’égalité des traitements imposait d’exclure du dispositif le secteur, peu polluant, du pétrole liquéfié.
Cette deuxième branche est également écartée par le Conseil d’Etat au motif que ce secteur est dans une situation comparable à celle des fournisseurs d’autres types d’énergie.

En deuxième lieu, le Conseil d’Etat a examiné la légalité des dispositions invoquées.

La requérante identifiait une entorse au principe d’égalité devant la loi, à la liberté du commerce et de l’industrie, à la liberté d’entreprendre et aux règles du droit de la concurrence du fait :

– de la distinction entre les fournisseurs de gaz de pétrole liquéfié carburant soumis au dispositif des CEE et les fournisseurs de gaz naturel pour véhicules qui en sont exclus ;

– de la distinction de seuils entre les fournisseurs de gaz de pétrole liquéfié combustible et les fournisseurs d’électricité, de gaz naturel, de chaleur et de froid ;

– de sa soumission au dispositif des CEE dès lors que ces obligations impliquent des coûts excessifs au regard de sa petite taille.

Le Conseil d’Etat juge que le premier argument ne peut être invoqué dès lors que le pouvoir réglementaire s’est borné à tirer les conséquences de l’article L. 221-1 du code de l’énergie.

Il écarte également le second argument aux motifs, d’une part, que la différence de traitement est en rapport direct avec l’objet de la réglementation relative aux obligations d’économies d’énergie et, d’autre part, le gaz de pétrole liquéfié relève d’un marché distinct des autres types d’énergie.

Le dernier argument n’est pas non plus retenu principalement au motif que la société requérante a la possibilité d’acheter des certificats d’économies d’énergie et qu’il n’est pas démontré que le coût serait tel que le pouvoir réglementaire aurait porté atteinte à la liberté d’entreprendre, à la liberté du commerce et de l’industrie. 

Emilie Bertaina

Avocate – Cabinet Gossement Avocats

Vous avez apprécié cet article ? Partagez le sur les réseaux sociaux :

Découvrez le cabinet Gossement Avocats

Gossement Avocats est une référence dans ses domaines d’excellence :
droit de l’environnement, droit de l’énergie, droit de l’urbanisme, tant en droit public qu’en droit privé.

À lire également

Chasse : la juge des référés du tribunal administratif de Toulouse suspend la chasse de la perdrix grise de montagne en Ariège (TA Toulouse, ord., 14 octobre 2026, association One Voice, n°2607984 – dossier cabinet)

Chasse : la juge des référés du tribunal administratif de Toulouse suspend la chasse de la perdrix grise de montagne en Ariège (TA Toulouse, ord., 14 octobre 2026, association One Voice, n°2607984 – dossier cabinet)

Par une ordonnance du 14 octobre 2026, la juge des référés du tribunal administratif de Toulouse a suspendu l’exécution de l’arrêté du préfet de l’Ariège du 2 octobre 2026, en tant qu’il fixe le prélèvement maximal autorisé de Perdrix grises de montagne pour la...

Éolien : pas d’urgence à suspendre l’exécution du refus d’une commune de consentir des servitudes sur son domaine privé pour la construction et l’exploitation d’un parc éolien (CE, 9 octobre 2026, n° 510886)

Éolien : pas d’urgence à suspendre l’exécution du refus d’une commune de consentir des servitudes sur son domaine privé pour la construction et l’exploitation d’un parc éolien (CE, 9 octobre 2026, n° 510886)

Par une décision n°510886 et 515585 du 9 octobre 2026, le Conseil d'État a statué sur la demande de suspension du refus opposé par le maire d'une commune à la conclusion d'une convention instituant des servitudes sur des chemins de son domaine privé pour les besoins...

ICPE : le préfet peut prescrire à un ancien exploitant, dix ans après sa cessation d’activité, une étude de la pollution du site, en prenant en compte un usage comparable à celui de la dernière période d’exploitation (Conseil d’Etat, 2 octobre 2026, n°504921)

ICPE : le préfet peut prescrire à un ancien exploitant, dix ans après sa cessation d’activité, une étude de la pollution du site, en prenant en compte un usage comparable à celui de la dernière période d’exploitation (Conseil d’Etat, 2 octobre 2026, n°504921)

Par une décision n°504921 du 2 octobre 2026, le Conseil d'Etat a apporté des précisions relatives au contrôle, par le juge administratif, de la légalité des prescriptions imposées par le préfet à l'ancien exploitant d'une installation classée ayant cessé son activité...

Chasse : le juge des référés du tribunal administratif de Grenoble suspend la chasse du lièvre variable, du tétras-lyre et de la perdrix bartavelle en Haute-Savoie (TA Grenoble, 12 octobre 2026, association One Voice – dossiers cabinet)

Chasse : le juge des référés du tribunal administratif de Grenoble suspend la chasse du lièvre variable, du tétras-lyre et de la perdrix bartavelle en Haute-Savoie (TA Grenoble, 12 octobre 2026, association One Voice – dossiers cabinet)

Après avoir obtenu la suspension de la chasse du lièvre variable, de tétras-lyres et de perdrix bartavelles dans les Alpes-de-Haute-Provence (cf. notre commentaire des ordonnances des 8 et 9 octobre 2026) devant le juges des référés du tribunal administratif de...

Certificats d’économies d’énergie : précision sur les dispositifs d’identification, d’évaluation et de gestion des risques permettant de détecter une obtention frauduleuse de certificats (décret et arrêté du 9 octobre 2026)

Certificats d’économies d’énergie : précision sur les dispositifs d’identification, d’évaluation et de gestion des risques permettant de détecter une obtention frauduleuse de certificats (décret et arrêté du 9 octobre 2026)

Le Gouvernement apporte des précisions sur les dispositifs d’identification, d’évaluation et de gestion des risques permettant de détecter une obtention frauduleuse de certificats d’économies d’énergie (CEE) en publiant deux textes importants au journal officiel du 11...

Découvrez le cabinet Gossement Avocats

Notre Cabinet

Notre valeur ajoutée :
outre une parfaite connaissance du droit, nous contribuons à son élaboration et anticipons en permanence ses évolutions.

Nos Compétences

Gossement Avocats est une référence dans ses domaines d'excellence :
droit de l'environnement, droit de l'énergie, droit de l'urbanisme, tant en droit public qu'en droit privé.

Contact

Le cabinet dispose de bureaux à Paris, Rennes et intervient partout en France.