Préjudice d’anxiété : reconnaissance du préjudice d’anxiété pour les salariés des entreprises sous-traitantes (Cour de Cassation)

Nov 18, 2020 | Droit de l'Environnement

Par arrêt du 30 septembre 2020, n°19-10.352, la Cour de cassation a jugé que le salarié mis à disposition d’une société tierce dans le cadre d’un contrat de sous-traitance peut agir contre son employeur pour obtenir la réparation de son préjudice d’anxiété.

En l’espèce, un salarié engagé en qualité de calorifugeur par son employeur a été mis à disposition d’une société tierce du 13 avril 1988 au 31 mai 1998. Cette société était inscrite sur la liste des établissements susceptibles d’ouvrir droit à l’allocation de cessation anticipée d’activité des travailleurs de l’amiante. Par conséquent, le salarié a saisi la juridiction prud’homale afin d’obtenir la réparation de son préjudice d’anxiété auprès de son employeur.

Par arrêt du 9 novembre 2018, la Cour d’appel l’a débouté au motif que son exposition à l’amiante résultait de son travail auprès de la société tierce au sein de laquelle il avait été mis à disposition. Ainsi, il ne pouvait pas rechercher la responsabilité de son employeur au titre de son préjudice d’anxiété. Le demandeur a donc formé un pourvoi en cassation.

C’est dans ce cadre que l’arrêt commenté a été rendu.

En premier lieu, la Cour de cassation rappelle les évolutions légales et jurisprudentielles liées à la reconnaissance du préjudice d’anxiété pour les salariés exposés à l’amiante.

De première part, l’article 41 de la loi n°98-1194 du 23 décembre 1998 a créé une allocation de cessation anticipée d’activité (Acaata) pour les salariés travaillant dans des établissements contenant de l’amiante et figurant sur une liste fixée par arrêté ministériel.

De deuxième part, par arrêt du 11 mai 2010, le préjudice d’anxiété a été reconnu aux salariés éligibles à l’Acaata (cf. Cass. soc., 11 mai 2010, pourvoi n° 09-42.241).

De façon plus précise, les salariés concernés bénéficient d’un régime de preuve dérogatoire, les dispensant de justifier de leur exposition à l’amiante, de la faute de l’employeur et de leur préjudice.

De troisième part, par arrêt du 22 juin 2016, la Cour de cassation a jugé que la réparation du préjudice d’anxiété n’était valable que pour les salariés dont l’employeur entrait dans les prévisions de l’article 41 de la loi n°98-1194 du 23 décembre 1998.

Par conséquent, le salarié qui avait été affecté par son employeur dans une autre entreprise, ne pouvait prétendre à l’indemnisation de ce préjudice (cf. Cass. soc., 22 juin 2016, n° 14-28.175).

De dernière part, à la suite d’un revirement de jurisprudence particulièrement remarqué, la Cour de cassation a reconnu le préjudice d’anxiété aux victimes ne bénéficiant pas du régime dérogatoire ouvrant le droit à la préretraite amiante.

Il a donc été admis que le salarié justifiant d’une exposition à l’amiante, générant un risque élevé de développer une pathologie grave, peut agir contre son employeur, sur le fondement du droit commun régissant l’obligation de sécurité de l’employeur (cf. Cass. Ass. plén., 5 avril 2019, pourvoi n° 18-17.442).

En deuxième lieu, la Cour de cassation a considéré que cette dernière évolution jurisprudentielle s’applique au salarié mis à disposition d’une entreprise dans le cadre d’un contrat de sous-traitance.

Autrement dit, le salarié peut obtenir réparation de son préjudice d’anxiété sur le fondement du régime général de la responsabilité civile. Il devra apporter la preuve de son exposition à l’amiante, de l’étendue de son préjudice et du manquement, par son employeur, à son obligation de sécurité.

En définitive, l’arrêt de la Cour d’appel a été annulé.

Isabelle Michel

Juriste – Gossement Avocats

Vous avez apprécié cet article ? Partagez le sur les réseaux sociaux :

Découvrez le cabinet Gossement Avocats

Gossement Avocats est une référence dans ses domaines d’excellence :
droit de l’environnement, droit de l’énergie, droit de l’urbanisme, tant en droit public qu’en droit privé.

À lire également

Solaire : publication de l’arrêté « S21 » du 1er juin 2026 modifiant l’arrêté du 6 octobre 2021 fixant les conditions d’achat de l’électricité produite par les installations implantées sur bâtiment, hangar ou ombrière utilisant l’énergie solaire photovoltaïque, d’une puissance crête installée inférieure ou égale à 500 kilowatts

Solaire : publication de l’arrêté « S21 » du 1er juin 2026 modifiant l’arrêté du 6 octobre 2021 fixant les conditions d’achat de l’électricité produite par les installations implantées sur bâtiment, hangar ou ombrière utilisant l’énergie solaire photovoltaïque, d’une puissance crête installée inférieure ou égale à 500 kilowatts

Le Gouvernement a publié ce 4 avril 2026, l'arrêté du 1er juin 2026 modifiant l'arrêté du 6 octobre 2021 fixant les conditions d'achat de l'électricité produite par les installations implantées sur bâtiment, hangar ou ombrière utilisant l'énergie solaire...

📢[webinaire] « L’éco-blanchiment (« greenwashing ») : le point sur le cadre juridique des allégations environnementales ». Matinale du droit de l’environnement du SERDEAUT, le 25 juin 2026

📢[webinaire] « L’éco-blanchiment (« greenwashing ») : le point sur le cadre juridique des allégations environnementales ». Matinale du droit de l’environnement du SERDEAUT, le 25 juin 2026

Le SERDEAUT Centre de recherches co-dirigé par le professeur Norbert Norbert Foulquier, organise un cycle de conférences mensuelles : "Les matinales du droit de l'environnement du SERDEAUT ". 𝐂𝐞 𝐣𝐞𝐮𝐝𝐢 𝟐𝟓 𝐣𝐮𝐢𝐧 𝟐𝟎𝟐𝟔 𝐚̀ 𝟗𝐡𝟑𝟎, 𝐥𝐚 𝐪𝐮𝐚𝐭𝐫𝐢𝐞̀𝐦𝐞 𝐦𝐚𝐭𝐢𝐧𝐚𝐥𝐞 𝐬𝐞𝐫𝐚 𝐜𝐨𝐧𝐬𝐚𝐜𝐫𝐞́𝐞 𝐚̀ 𝐮𝐧...

Greenwashing (écoblanchiment) : la Commission européenne met en demeure la France et 19 autres Etats de transposer la directive UE 2024/825 visant à donner aux consommateurs les moyens d’agir en faveur de la transition écologique

Greenwashing (écoblanchiment) : la Commission européenne met en demeure la France et 19 autres Etats de transposer la directive UE 2024/825 visant à donner aux consommateurs les moyens d’agir en faveur de la transition écologique

Par un communiqué de presse du 28 mai 2026, la Commission européenne a annoncé avoir envoyé une lettre de mise en demeure à 20 Etats membres - dont la France - au motif qu'ils ne lui ont toujours pas communiqué les mesures prises pour assurer la transposition complète...

Energies renouvelables : une commune dispose de compétences distinctes pour encourager la production d’énergies renouvelables et peut continuer d’exercer celle qu’elle n’a pas transférée à un établissement public de coopération intercommunale (Conseil d’Etat, 26 mai 2026, commune de Congrier, n°495221)

Energies renouvelables : une commune dispose de compétences distinctes pour encourager la production d’énergies renouvelables et peut continuer d’exercer celle qu’elle n’a pas transférée à un établissement public de coopération intercommunale (Conseil d’Etat, 26 mai 2026, commune de Congrier, n°495221)

Une commune peut-elle prendre une participation au capital d'une société de production d'énergie renouvelable lorsqu'elle a transféré sa compétence en la matière à un établissement public de coopération intercommunale ? Par une décision n°495221 rendue le 26 mai 2026,...

Découvrez le cabinet Gossement Avocats

Notre Cabinet

Notre valeur ajoutée :
outre une parfaite connaissance du droit, nous contribuons à son élaboration et anticipons en permanence ses évolutions.

Nos Compétences

Gossement Avocats est une référence dans ses domaines d'excellence :
droit de l'environnement, droit de l'énergie, droit de l'urbanisme, tant en droit public qu'en droit privé.

Contact

Le cabinet dispose de bureaux à Paris, Rennes et intervient partout en France.