En bref
[Communiqué] Loi d’urgence agricole : le cabinet Gossement Avocats dépose une contribution extérieure devant le Conseil constitutionnel contre l’article relatif à l’autorisation de substances néonicotinoïdes en violation du droit à un environnement sain et équilibré, du principe de précaution, du principe de participation du public
Canicule : Arnaud Gossement invité de l’émission « 28 minutes » sur Arte, le 23 juin 2026
📢[webinaire] « L’éco-blanchiment (« greenwashing ») : le point sur le cadre juridique des allégations environnementales ». Matinale du droit de l’environnement du SERDEAUT, le 25 juin 2026
Solaire : Gossement Avocats défend la société Enertrag et obtient une décision favorable pour un parc photovoltaïque couplé avec une activité agricole (Cour administrative d’appel de Lyon)
Urbanisme : rejet de la demande d’annulation du décret du 21 mai 2019 créant une nouvelle catégorie d’aménagements légers sur la zone littorale (Conseil d’Etat)
Par une décision du 10 juillet 2020, n°432944, le Conseil d’Etat a rejeté la requête de l’association France Nature Environnement (FNE) demandant l’annulation du décret n°2019-482 du 21 mai 2019, ayant pour objet de créer une nouvelle catégorie d’aménagements légers pouvant être implantés dans les espaces remarquables ou caractéristiques du patrimoine naturel et culturel du littoral et les milieux nécessaires au maintien des équilibres biologiques.
En l’espèce, faisant suite à une consultation du public, le décret n°2019-482 du 21 mai 2019 « relatif aux aménagements légers autorisés dans les espaces remarquables ou caractéristiques du littoral et des milieux nécessaires au maintien des équilibres biologiques » est entré en vigueur le 22 mai 2019.
Il crée une nouvelle catégorie d’aménagements légers, à savoir, les canalisations nécessaires aux services publics ou aux activités économiques.
Par requête présentée le 23 juillet 2019 au Conseil d’Etat, l’association FNE a demandé l’annulation du présent décret pour un certain nombre de motifs, exposés ci-après.
Toutefois, le Conseil d’Etat a rejeté l’intégralité des moyens soulevés par la requérante.
Sur le cadre juridique applicable
Au préalable, il convient d’exposer le cadre juridique applicable aux aménagements légers sur la zone littorale.
En principe, conformément à l’article L. 121-23 du code de l’urbanisme, les constructions sur les espaces terrestres et marins, sites et paysages remarquables ou caractéristiques du patrimoine naturel et culturel du littoral, et les milieux nécessaires au maintien des équilibres biologiques sont interdites.
Par dérogation, l’article L. 121-24 de ce même code autorise les aménagements légers lorsqu’ils sont nécessaires à la gestion, la mise en valeur notamment économique ou, le cas échéant, à l’ouverture au public de ces sites et qu’ils ne portent pas d’atteinte à leur caractère remarquable.
Pris en application de l’article précité, l’article R. 121-5 du code de l’urbanisme liste les aménagements légers autorisés dans ces sites. Le décret attaqué a intégré une nouvelle catégorie d’aménagements légers à cette liste :
« 4° A l’exclusion de toute forme d’hébergement et à condition qu’ils soient en harmonie avec le site et les constructions existantes : (…)
c) A la condition que leur localisation dans ces espaces corresponde à des nécessités techniques, les canalisations nécessaires aux services publics ou aux activités économiques, dès lors qu’elles sont enfouies et qu’elles laissent le site dans son état naturel après enfouissement, et que l’emprise au sol des aménagements réalisés n’excède pas cinq mètres carrés. »
Ainsi, les canalisations nécessaires aux services publics ou aux activités économiques, peuvent être implantées, sous certaines conditions, dans les espaces remarquables ou caractéristiques du patrimoine naturel et culturel du littoral et les milieux nécessaires au maintien des équilibres biologiques.
Sur le contenu de la décision
En premier lieu, l’association requérante soutenait que le décret attaqué méconnaissait le principe de participation du public.
A cette fin, elle se prévalait de l’article L. 123-19-1 du code de l’environnement prévoyant que certains actes réglementaires de l’Etat, ayant une incidence directe et significative sur l’environnement, doivent faire l’objet d’une publication préalable permettant au public de formuler des observations.
Cependant, en application d’une jurisprudence constante, le Conseil d’Etat a rappelé qu’un projet d’acte réglementaire ayant été soumis aux observations du public peut faire l’objet de modifications ultérieures ne dénaturant pas le projet sur lequel ont été initialement recueillies ces observations.
Ainsi, après avoir constaté que le projet de décret contesté avait bien fait l’objet d’une consultation du public, la Haute Juridiction a considéré que l’ajout d’une nouvelle catégorie d’aménagements légers, ne conduisait pas, à dénaturer le projet de décret tel qu’il avait été soumis au public.
En deuxième lieu, la demanderesse indiquait que l’article R. 121-5 du code de l’environnement ne précisait pas les services publics ou activités économiques justifiant l’implantation de canalisation sur le littoral.
Selon elle, il en résultait une méconnaissance de l’article L. 121-4 du code de l’urbanisme prévoyant que les aménagements doivent être nécessaires à la gestion, à la mise en valeur ou à l’ouverture au public de la zone littorale.
Toutefois, le Conseil d’Etat relève l’article R.121-5 du code de l’urbanisme est pris en application de l’article L. 121-4 de ce même code.
Ainsi, l’ensemble des aménagements listés par l’article R. 121-5 du code de l’urbanisme – y compris les canalisations – doivent nécessairement respecter les conditions posées par l’article L. 121-4 du code de l’urbanisme.
Partant, le Conseil d’Etat a rejeté le moyen de la requérante
En troisième lieu, l’association FNE invoquait la méconnaissance, par le décret contesté, des articles L. 121-16 et L. 121-17 du code de l’urbanisme relatifs au régime juridique applicable dans la bande littorale.
La Haute juridiction a rejeté ce moyen en constatant que le décret litigieux n’a pas été pris en application de ces articles mais des articles L. 121-3 et L. 123-24 du même code, relatifs au régime juridique applicable aux terrains situés sur une commune littorale, implantés à proximité ou non du rivage.
En quatrième lieu, la requérante invoquait enfin la violation du principe de non régression du droit de l’environnement par le décret querellé.
Pour rappel, l’article l’alinéa 9° de l’article L. 110-1 du code de l’environnement consacre ce principe :
« II. – Leur connaissance, leur protection, leur mise en valeur, leur restauration, leur remise en état, leur gestion, la préservation de leur capacité à évoluer et la sauvegarde des services qu’ils fournissent sont d’intérêt général et concourent à l’objectif de développement durable qui vise à satisfaire les besoins de développement et la santé des générations présentes sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs. Elles s’inspirent, dans le cadre des lois qui en définissent la portée, des principes suivants : (…)
9° Le principe de non-régression, selon lequel la protection de l’environnement, assurée par les dispositions législatives et réglementaires relatives à l’environnement, ne peut faire l’objet que d’une amélioration constante, compte tenu des connaissances scientifiques et techniques du moment. »
Ledit principe implique que la réglementation relative à l’environnement ne peut que se parfaire et ne peut décliner.
Le Conseil d’Etat a rejeté ce moyen en relevant que l’alinéa 1° de l’article L. 121-4 du code de l’urbanisme, sur lequel l’article R. 121-5 de ce même code est fondé, indique que les aménagements ne doivent pas porter atteinte au caractère remarquable du site les accueillant.
En outre, l’alinéa 2° de l’article L. 121-4 de ce même code prévoit des garanties afin d’éviter toute atteinte au caractère remarquable des sites.
En effet, préalablement à la réalisation de l’aménagement, une enquête publique doit être menée et un avis de la commission départementale de la nature doit être rendu.
Enfin, l’aménagement doit être conçu de manière à permettre un retour du site à l’état naturel.
Par conséquent, le Conseil d’Etat considère qu’en créant une nouvelle catégorie d’aménagements légers autorisés, le décret contesté ne méconnaît pas le principe de non régression dans la mesure où la réalisation de ces aménagements est encadrée afin de ne pas porter atteinte au caractère remarquable du site.
En définitive, la requête de l’association FNE a été rejetée.
Isabelle Michel
Juriste – Gossement Avocats
Vous avez apprécié cet article ? Partagez le sur les réseaux sociaux :
Découvrez le cabinet Gossement Avocats
Gossement Avocats est une référence dans ses domaines d’excellence :
droit de l’environnement, droit de l’énergie, droit de l’urbanisme, tant en droit public qu’en droit privé.
À lire également
Commande publique : entrée en vigueur le 22 août 2026 des nouvelles obligations de prise en compte des objectifs de développement durable dans les marchés publics (article 35 de la loi « climat et résilience » du 22 août 2021)
Depuis ce 22 août 2026, plusieurs dispositions de l'article 35 de la loi n° 2021-1104 du 22 août 2021 portant lutte contre le dérèglement climatique et renforcement de la résilience face à ses effets, dite loi "climat et résilience" sont entrées en vigueur. Elles...
Stockage d’électricité : nouvelle suspension de l’exécution d’un refus de permis de construire une installation de stockage d’électricité en zone agricole (tribunal administratif de Nantes, ref., 4 août 2026, n°2614155)
Par une ordonnance n°2614155 du 4 août 2026, le juge du référé-suspension du tribunal administratif de Nantes a suspendu l'exécution de la décision par laquelle un préfet a refusé de délivrer un permis de construire en vue de la construction d’infrastructures de...
Ours : certains tirs d’effarouchement n’étaient pas « manifestement » illégaux mais le débat sur leur légalité se poursuit (Conseil d’Etat, ref., 20 août 2026, n°518725 – dossier cabinet)
Par une ordonnance n°518725 du 20 août 2026, la juge du référé-liberté du Conseil d'Etat a refusé de suspendre certains tirs dits d'effarouchement à l'encontre des ours par les éleveurs d'un groupement pastoral dans les Pyrénées. Au motif qu'il n'est pas démontré que...
Chasse : publication de la nouvelle liste des espèces « susceptibles d’occasionner des dégâts » (ESOD) pour la période 2026-2029
Le Gouvernement a publié, au journal officiel du 21 août 2026, l'arrêté du 10 août 2026 pris pour l'application de l'article R. 427-6 du code de l'environnement et fixant la liste, les périodes et les modalités de destruction des espèces susceptibles d'occasionner des...
Biogaz : publication de l’arrêté du 10 août 2026 modifiant les conditions de l’obligation d’achat du biométhane injecté dans les réseaux de gaz naturel
L’arrêté du 10 août 2026 fixant les conditions de l’obligation d’achat du biométhane injecté dans les réseaux de gaz naturel, lequel modifie l’arrêté du 10 juin 2023, vient d’être publié au Journal officiel. Présentation des principales modifications issues de cet...
Ours des Pyrénées : le juge du référé-liberté du tribunal administratif de Toulouse suspend les tirs d’effarouchement renforcé sur l’estive du Trapech, décidés par le préfet de l’Ariège, en violation du droit de vivre dans un environnement sain et équilibré (Charte de l’environnement)
L’association One Voice, défendue par le cabinet Gossement Avocats, a de nouveau obtenu, en urgence, de la part du juge du référé liberté du tribunal administratif de Toulouse, la suspension de tirs d’effarouchement renforcé de l’Ours brun autorisés, sur l'estive du...
Découvrez le cabinet Gossement Avocats
Notre Cabinet
Notre valeur ajoutée :
outre une parfaite connaissance du droit, nous contribuons à son élaboration et anticipons en permanence ses évolutions.
Nos Compétences
Gossement Avocats est une référence dans ses domaines d'excellence :
droit de l'environnement, droit de l'énergie, droit de l'urbanisme, tant en droit public qu'en droit privé.
Contact
Le cabinet dispose de bureaux à Paris, Rennes et intervient partout en France.





