Éco-organismes : la mission d’information de l’Assemblée nationale formule 57 propositions pour ajuster sans révolutionner

Nov 5, 2026 | Droit de l'Environnement, Droit de l’économie circulaire et des filières de responsabilité élargie du producteur

Pour mieux prévenir et gérer nos déchets et développer une économie circulaire, l’Etat a mis en place, à partir des années 1990, des filières de responsabilité élargie du producteur (REP) et, principalement, agréé des éco-organismes pour les animer. L’idée est de faire en sorte que les producteurs de produits générateurs de déchets – et pas uniquement les producteurs de déchets – soient appelés à organiser et financer la prévention et la gestion des déchets. Le financement et le fonctionnement de ces filières est régulièrement débattu. C’est dans ce contexte que le rapport d’information n° 3431 de la mission d’information de l’Assemblée nationale sur les éco-organismes et les éco-contributions a été déposé le 3 novembre 2026. Il formule 57 propositions qui portent sur le financement des filières (REP), sur la gouvernance des éco-organismes et sur la supervision publique de ces filières. Le rapport propose notamment de tendre vers un éco-organisme unique par filière, désigné après une mise en concurrence de type appel d’offres (cf. Assemblée nationale, rapport d’information n° 3431). Présentation. Par Arnaud Gossement, avocat associé gérant, docteur en droit, professeur associé à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

Résumé

  1. La commission du développement durable de l’Assemblée nationale a créé la mission d’information sur les éco-organismes et les éco-contributions le 4 février 2026, à la suite du débat thématique du 8 janvier 2026. La mission aest présidée par Véronique Riotton. Ses co-rapporteurs sont Stéphane Delautrette et Anne-Cécile Violland. Le rapport a été déposé le 3 novembre 2026.
  2. Le rapport formule 57 propositions, réparties en quatre axes : le rôle de la France dans l’Union européenne, le financement des filières REP, la gouvernance et la supervision publique, la politique industrielle.
  3. En matière de financement, le rapport propose de plafonner les provisions des éco-organismes, de renforcer le contrôle de leur gestion et de confier progressivement à l’Ademe la gestion des données stratégiques des filières.
  4. Il propose également de porter à 100 % la prise en charge du coût net optimisé supporté par les collectivités et d’étendre à dix filières l’affichage de l’éco-contribution jusqu’au consommateur final.
  5. En matière de gouvernance, le rapport propose de sanctionner le non-respect d’indicateurs sans plan d’action préalable et de tendre vers un éco-organisme unique par filière, désigné par une procédure de type appel d’offres.
  6. Il propose aussi d’allonger la durée des agréments et de remplacer les objectifs de moyens par des objectifs de résultats dans les cahiers des charges.
  7. Enfin, le rapport propose de porter à 10 % le plancher du fonds réemploi et réutilisation, de renforcer l’éco-modulation et d’expérimenter une REP par matière pour le plastique.

Avant leur présentation détaillée, ces propositions appellent un commentaire général.

Commentaire général

Le rapport ici commenté a le mérite de présenter de manière claire, l’histoire et les enjeux du débat relatif aux filières REP qui sont des instruments essentiels pour la transition vers une économie circulaire. Il a également le mérite de comporter des propositions très concrètes. Par souci, sans doute, de réalisme et de recherche d’un consensus, il ne propose pas une refonte d’ensemble du régime de la responsabilité élargie du producteur. Il propose plutôt d’en corriger le fonctionnement sur de nombreux points. A l’arrivée, cette méthode présente un inconvénient : elle évacue le traitement de plusieurs questions importantes.

1. Des ajustements plutôt qu’une réforme d’ensemble des filières REP

Le rapport conserve les fondements du régime défini à l’article L. 541-10 du code de l’environnement. Les producteurs de produits générateurs de déchets restent responsables de la gestion des déchets issus de leurs produits. Ils continuent de s’acquitter de cette obligation au moyen d’éco-organismes qu’ils gouvernent. Le rapport l’écrit à propos de la gouvernance : « L’architecture de gouvernance qui vient d’être décrite se révèle, dans ses grands principes, satisfaisante » (cf. Assemblée nationale, rapport d’information n° 3431).

La même approche vaut pour la régulation. Les inspections générales et le rapport d’évaluation de la loi « Agec » avaient recommandé en 2024 la création d’une instance indépendante de régulation des filières REP. Le Gouvernement ne l’a pas retenue. Les rapporteurs n’en reprennent que le volet relatif aux sanctions (proposition n° 26). Pour la régulation de la concurrence, ils entendent agir « Sans remettre en cause, sur ce terrain, l’architecture institutionnelle actuelle » (cf. Assemblée nationale, rapport d’information n° 3431)

Le passage à une REP organisée par matière aurait modifié l’organisation des filières. Le rapport ne propose ici qu’une expérimentation limitée au plastique (proposition n° 57). Le rapport justifie ce choix ainsi : « L’idée d’une REP par matière présente des limites, ce qui justifie le choix d’une expérimentation, sur un périmètre et pour une durée limitée, plutôt qu’une refonte générale qui supposerait de rebâtir l’architecture des filières REP » (cf. Assemblée nationale, rapport d’information n° 3431)

Une proposition parmi d’autres se distingue plus particulièrelent par sa portée. La proposition n° 37 tend vers un éco-organisme unique par filière, désigné après une mise en concurrence de type appel d’offres. Elle modifierait l’organisation des filières qui comptent aujourd’hui plusieurs éco-organismes. Elle est toutefois formulée comme un objectif et ne s’appliquerait qu’au terme des agréments en cours.

Cette approche par ajustements se traduit par un grand nombre de propositions. Leur lecture d’ensemble fait apparaître plusieurs contradictions à régler.

3. Des contradictions

Cinq séries de propositions sont difficiles à concilier entre elles ou avec les principes rappelés par le rapport.

La concurrence entre éco-organismes. Le rapport propose de renforcer la prise en compte du droit de la concurrence. Il prévoit une évaluation concurrentielle avant toute création ou extension de filière et une saisine facilitée de l’Autorité de la concurrence (propositions n° 33 et 35). Il propose dans le même temps de supprimer la concurrence entre éco-organismes au sein d’une même filière (proposition n° 37). Les rapporteurs présentent ce choix comme « une concurrence pour le marché plutôt que sur le marché » (cf. rapport d’information n° 3431). Le rapport indique pourtant que l’Autorité de la concurrence conduit une mission d’évaluation des effets concurrentiels des filières REP. Cette mission porte notamment sur l’intérêt de la mise en concurrence des éco-organismes au sein d’une même filière. La proposition n° 37 est formulée avant ses conclusions. Le rapport relève aussi, d’après la direction générale des entreprises, qu’un éco-organisme unique dispose d’un pouvoir de négociation qui peut restreindre la capacité de régulation de l’administration.

La responsabilité des producteurs. Le rapport entend renforcer la concertation « sans transfert de la responsabilité qui incombe aux producteurs » (proposition n° 32 ; cf. rapport d’information n° 3431). Plusieurs propositions déplacent pourtant une part des décisions vers d’autres acteurs (Etat, ADEME). Le choix entre un modèle libéral (gouvernance par objectifs) et un modèle administré (gouvernance pas objectifs et encadrement des moyens) n’est pas tranché.

La simplification et les nouvelles obligations. Le rapport propose de simplifier les obligations déclaratives par un guichet unique (proposition n° 12) et d’alléger celles des petits producteurs (proposition n° 31). Dans le même temps, le rapport propose aussi de nouvelles obligations : examen annuel de la comptabilité analytique par un tiers indépendant (proposition n° 7), rapport d’activité annuel selon un cadre commun (proposition n° 11), affichage de l’éco-contribution dans dix filières (proposition n° 23), déclaration de la destination finale des flux exportés (proposition n° 55). En outre, le rapport propose l’organisation d’une procédure de sélection d’un éco-organisme par filière qui pourrait s’avérer complexe à mettre en œuvre.

3. Les questions non traitées par le rapport

Au-delà de ces éventuelles contradictions, le rapport laisse de côté plusieurs questions juridiques que ses propositions soulèvent. Le texte intégral du rapport ne les mentionne pas, ne les évoque que de façon incidente ou ne les aborde qu’au stade du constat, sans formuler de proposition.

Le juge compétent pour les contrats conclus avec les collectivités. Le rapport propose de renforcer la place des collectivités et de prévenir les contentieux (propositions n° 21, 22 et 34). Il n’aborde pas la nature juridique des contrats conclus entre les éco-organismes et les collectivités territoriales. Cette question détermine pourtant le juge compétent. Les juridictions n’ont pas toutes retenu la même qualification (cf. note du 6 mars 2019 et note du 11 juillet 2019).

Le régime de la mise en concurrence des éco-organismes. La proposition n° 37 prévoit une désignation « à l’issue d’une procédure de mise en concurrence sur le modèle d’un appel d’offres » (cf. rapport d’information n° 3431). La proposition n° 43 structure les demandes d’agrément « sur le modèle des marchés publics » (cf. rapport d’information n° 3431). Le rapport ne précise pas le régime juridique de ces procédures. Il n’indique pas si elles relèveraient du code de la commande publique de droit public ou d’un régime propre de droit privé. Le caractère hybride – et complexe – du système actuel va donc perdurer.

Les limites constitutionnelles. Plusieurs propositions encadrent fortement l’activité des producteurs et de leurs éco-organismes : désignation d’un éco-organisme unique (proposition n° 37), prélèvement par l’État des sommes non dépensées (propositions n° 47, 49 et 51). Le rapport n’examine pas leur conformité à la liberté d’entreprendre.

Le périmètre respectif des filières. Le rapport relève qu’un même produit peut relever de plusieurs filières. Il cite l’exemple du téléphone portable, soumis au moins aux filières des équipements électriques et électroniques, des emballages ménagers et des batteries. Il n’en tire qu’une conséquence sur la complexité des obligations déclaratives. Le code de l’environnement règle certains de ces cas par une clause d’exclusion : les jouets, les articles de sport et de loisirs et les articles de bricolage et de jardin relèvent de leur filière « hormis ceux qui relèvent du principe de responsabilité élargie du producteur au titre d’une autre catégorie » (cf. article L. 541-10-1 du code de l’environnement). Le rapport ne formule pas de proposition sur la délimitation du périmètre de chaque filière. L’expérimentation d’une REP par matière concerne le seul plastique (proposition n° 57).

Les modalités de calcul de l’équilibrage entre éco-organismes. Le rapport analyse les mécanismes d’équilibrage entre éco-organismes d’une même filière. Il les décrit comme « complexes, insuffisamment stabilisés et parfois contestés » (cf. rapport d’information n° 3431). Il rappelle que l’Autorité de la concurrence recommande d’en confier la direction aux services de l’État. Il estime que leurs modalités de calcul doivent être « suffisamment objectives, transparentes et contrôlées » (cf. rapport d’information n° 3431). Aucune proposition précise ne porte toutefois sur ces modalités de calcul. La proposition n° 30 se borne à exclure la gestion de ces mécanismes des missions des organismes coordonnateurs. À terme, l’éco-organisme unique par filière (proposition n° 37) priverait l’équilibrage d’objet. La question demeure posée pendant la durée des agréments en cours.

Le principe pollueur-payeur et les dépôts sauvages. La proposition n° 16 n’est pas accompagnée d’une analyse de sa conformité ou compatibilité avec le principe pollueur-payeur. Le rapport fait pourtant état d’une objection formulée en ce sens par un éco-organisme : le fonds financerait la résorption de dépôts historiques « dont la charge n’incombe pas aux metteurs en marché actuels » (cf. rapport d’information n° 3431). Il ne précise pas non plus comment la contribution de chaque filière à un fonds commun serait proportionnée aux déchets issus de ses produits. Surtout : comment cette mesure s’articule avec les règles de désignation du responsable du traitement de ces dépôts définies par le droit des ICPE et le droit des déchets ?

Ces constats invitent à rappeler le contexte dans lequel la mission a été créée, avant de présenter le contenu du rapport.

I. Le contexte du rapport

La mission d’information a été créée dans un contexte de forte croissance des éco-contributions. Ses travaux se sont déroulés de février à novembre 2026. Deux séries de motifs expliquent la création de la mission : le poids financier croissant des filières REP et les débats parlementaires du début de l’année 2026.

Des filières REP au poids financier croissant. Le principe de responsabilité élargie du producteur est défini par l’article L. 541-10 du code de l’environnement. Les producteurs s’acquittent de leur obligation en mettant en place collectivement des éco-organismes agréés. Ils leur versent en contrepartie une contribution financière, couramment appelée « éco-contribution ». La loi n° 2020-105 du 10 février 2020 relative à la lutte contre le gaspillage et à l’économie circulaire, dite loi « Agec », a profondément réformé ce régime.

Selon le rapport, la France compte 21 filières REP, dont deux en cours de préfiguration, et 28 éco-organismes agréés. Le montant des éco-contributions a atteint près de 2,8 milliards d’euros en 2024. Lors de son audition, le ministre délégué chargé de la transition écologique a estimé ce montant à 5,5 milliards d’euros en 2030. Il a ensuite avancé une fourchette de 9 à 10 milliards d’euros, dont la mission indique ne pas avoir pu connaître les hypothèses (cf. Assemblée nationale, rapport d’information n° 3431).

Le souci d’une utilisation efficace de ces fonds et d’un meilleur financement du service public de gestion des déchets assuré par les collectivités territoriales a grandement motivé la création de cette mission d’information.

Le débat parlementaire. En janvier 2026, une note de la commission du développement durable a dressé un bilan du fonctionnement des éco-organismes. Ses rapporteurs, Manon Bouquin, Charles Fournier et Anne-Cécile Violland, estimaient nécessaire la création d’une commission d’enquête (cf. Assemblée nationale, note « Le fonctionnement des éco-organismes et la gestion des éco-contributions »). Un débat thématique sur ce sujet s’est tenu en séance publique le 8 janvier 2026 (cf. compte rendu de la deuxième séance du 8 janvier 2026).

La commission du développement durable a finalement retenu la création d’une mission d’information plutôt que celle d’une commission d’enquête (cf. Actu-Environnement, 12 février 2026). Cette mission devait analyser la collecte et l’utilisation des éco-contributions. Elle devait aussi évaluer la transparence, la performance et la gouvernance des éco-organismes (cf. Assemblée nationale, page de la mission). La mission a été créée en février 2026. La députée Véronique Riotton en a assuré la présidence. Les député(e)s Stéphane Delautrette et Anne-Cécile Violland en ont été les co-rapporteurs (cf. Assemblée nationale, rapport d’information n° 3431). Une fois créée, la mission a conduit ses travaux pendant neuf mois.

Au terme de ces travaux, le rapport formule un ensemble d’objectifs, d’orientations et de propositions.

II. Les objectifs, orientations, axes et propositions du rapport

Le rapport identifie quatre enjeux communs à toutes les filières REP, qui en constituent les objectifs : l’efficacité des ressources collectées, la transparence financière, la légitimité de la gouvernance et la finalité industrielle des filières. Pour y répondre, sa synthèse retient huit grandes orientations. Ses 57 propositions sont ensuite regroupées en quatre axes (cf. Assemblée nationale, rapport d’information n° 3431). Les orientations sont présentées en premier, puis les propositions, axe par axe.

2.1 Les huit grandes orientations de la mission d’information

La synthèse du rapport regroupe ses principales propositions en huit grandes orientations (cf. Assemblée nationale, rapport d’information n° 3431).

  1. « Pas un euro d’éco-contribution sans compte rendu public » (cf. rapport d’information n° 3431). Un tiers indépendant examinerait chaque année la comptabilité analytique de chaque éco-organisme, filière par filière. Les conclusions des alertes des censeurs d’État et les données économiques et financières des filières seraient publiées. Un indicateur national mesurerait le rendement environnemental de chaque euro versé (propositions n° 5, 7, 9 et 15).
  2. « Qu’une tonne non collectée coûte autant qu’une tonne collectée » (cf. rapport d’information n° 3431). Un éco-organisme qui manque ses objectifs devrait investir un montant proportionnel à l’écart constaté. À défaut de dépense dans un délai de deux à trois ans, l’État prélèverait cette somme au profit de l’Ademe, qui investirait à sa place (proposition n° 51).
  3. « Rendre aux collectivités territoriales les fonds qu’elles avancent » (cf. rapport d’information n° 3431). La prise en charge du coût net optimisé du service public de gestion des déchets serait portée à 100 %, conformément au principe posé par la directive-cadre déchets. Elle reposerait sur une méthodologie de référence opposable. L’ensemble des filières financerait le traitement des dépôts sauvages. Les outre-mer deviendraient une priorité opposable des filières REP (propositions n° 16 à 19).
  4. « Faire payer le mauvais matériau et récompenser le bon » (cf. rapport d’information n° 3431). Les éco-modulations recevraient une ampleur réellement dissuasive. Les pénalités seraient exprimées en euros et non en pourcentage de l’éco-contribution. La faculté de les porter jusqu’à 50 % du prix de vente hors taxe serait étendue au-delà du textile pour les produits à bas prix (proposition n° 50).
  5. « Ne plus faire payer au contribuable ce que la filière ne recycle pas » (cf. rapport d’information n° 3431). Une taxe sur les emballages en plastique répercuterait progressivement sur les filières REP la contribution versée par la France à l’Union européenne au titre des emballages plastiques non recyclés. Selon le rapport, cette contribution a atteint 1,44 milliard d’euros en 2023 et fait de la France le premier contributeur européen. En contrepartie, la demande en matières recyclées d’origine européenne serait sécurisée (propositions n° 54 et 56).
  6. « Qu’aucun euro d’éco-contribution ne dorme » (cf. rapport d’information n° 3431). Les provisions pour charges futures seraient plafonnées et les excédents affectés aux objectifs manqués. Le plancher du fonds réemploi et réutilisation serait porté à 10 %. Les sommes non dépensées par les éco-organismes seraient prélevées au profit de l’Ademe (propositions n° 2, 49 et 51).
  7. « Donner un prix visible au déchet » (cf. rapport d’information n° 3431). L’éco-contribution serait affichée jusqu’au consommateur final dans dix filières supplémentaires, afin qu’aucun intermédiaire ne puisse la majorer à son profit (proposition n° 23).
  8. « Donner à l’État les moyens de son autorité » (cf. rapport d’information n° 3431). La sous-performance serait effectivement sanctionnée, sans plan d’action préalable, par un service dédié de la DGPR ou par un régulateur ad hoc. Les effectifs et l’expertise économique des services de contrôle seraient renforcés. Selon le rapport, l’État consacre aujourd’hui aux filières environ un agent pour cinquante millions d’euros d’éco-contributions (propositions n° 26, 39 et 40).

Ces huit orientations renvoient à une partie seulement des propositions. L’ensemble des 57 propositions est présenté ci-dessous, axe par axe.

2.2. Les 57 propositions

Axe n° 1 : « Conforter le rôle pionnier de la France dans l’Union européenne »

  • Proposition n° 1. Poursuivre et renforcer l’implication de la France dans les négociations européennes relatives aux filières REP et à l’économie circulaire.

Le premier axe ne comporte qu’une proposition. Le deuxième en réunit vingt-quatre, consacrées au financement des filières.

Axe n° 2 : « Renforcer la transparence et l’équité du financement des filières REP »

  • Proposition n° 2. Plafonner les provisions pour charges futures des éco-organismes. Les excédents seraient progressivement apurés et affectés à l’atteinte des objectifs des cahiers des charges.
  • Proposition n° 3. Renforcer le contrôle de la Cour des comptes sur la gestion financière de chaque éco-organisme.
  • Proposition n° 4. Sécuriser le modèle non lucratif des éco-organismes. Toute activité hors agrément serait subordonnée à la démonstration d’un gain de performance environnementale pour la filière. Elle donnerait lieu à une comptabilité séparée, à une réaffectation prioritaire des recettes et à un rapport annuel.
  • Proposition n° 5. Publier les principales conclusions des alertes émises par les censeurs d’État, avec le nom des éco-organismes concernés et les suites envisagées par l’administration.
  • Proposition n° 6. Renforcer le suivi des capacités financières des éco-organismes et la mobilisation de leur garantie financière.
  • Proposition n° 7. Rendre obligatoire un examen annuel de la comptabilité analytique par filière, confié à un tiers indépendant.
  • Proposition n° 8. Rendre les rapports d’autocontrôle plus utiles et les publier.
  • Proposition n° 9. Créer un indicateur national d’efficacité des filières REP, publié chaque année.
  • Proposition n° 10. Assortir les obligations déclaratives de sanctions et d’incitations graduées.
  • Proposition n° 11. Rendre obligatoire un rapport d’activité annuel établi selon un cadre commun.
  • Proposition n° 12. Mettre en place un guichet unique de déclaration pour les collectivités, les opérateurs et les acteurs du réemploi.
  • Proposition n° 13. Renforcer les contrôles sur la fiabilité des données déclarées.
  • Proposition n° 14. Confier progressivement à l’Ademe la collecte et la gestion des données stratégiques des filières. Dans l’attente, renforcer la confidentialité et la sécurité de ces données dans les cahiers des charges.
  • Proposition n° 15. Publier les données économiques et financières des filières, leurs coûts réels et les données relatives à l’éco-modulation.
  • Proposition n° 16. Créer, par la prochaine loi de finances, le fonds annoncé par le Gouvernement pour les dépôts sauvages. Ce fonds serait ouvert à toutes les filières, avec des seuils de déclenchement abaissés.
  • Proposition n° 17. Faire des outre-mer une priorité opposable des filières REP. Chaque cahier des charges comporterait des obligations de déploiement outre-mer, assorties d’un calendrier, d’indicateurs et de sanctions. La majoration des soutiens pratiquée dans la filière des emballages ménagers serait généralisée.
  • Proposition n° 18. Mettre fin à la dérogation qui ramène à 80 % la prise en charge du coût net optimisé. Le taux de 100 % prévu par la directive-cadre déchets serait atteint selon une trajectoire pluriannuelle assortie d’échéances opposables.
  • Proposition n° 19. Confier à l’Ademe l’élaboration, en concertation avec les collectivités et les éco-organismes, d’une méthodologie de référence du « coût d’un service optimisé », opposable aux éco-organismes.
  • Proposition n° 20. Tenir compte des coûts propres aux territoires ruraux, insulaires, de montagne et ultramarins.
  • Proposition n° 21. Subordonner l’agrément à la présentation d’un contrat type et d’un barème de soutien aux collectivités.
  • Proposition n° 22. Fixer à six mois au plus le délai entre la demande de contractualisation d’une collectivité et la mise en place des soutiens. Le dépassement de ce délai ouvrirait droit à une prise en charge rétroactive. Instaurer un délai de prévenance de neuf mois pour la publication des barèmes d’éco-contribution et des barèmes de soutien.
  • Proposition n° 23. Étendre à dix filières l’affichage de l’éco-contribution jusqu’au consommateur final, à savoir le bâtiment, les batteries, l’ameublement, le textile, les jouets, les articles de sport et de loisirs, les articles de bricolage et de jardin, les pneumatiques, les huiles minérales ou synthétiques et les navires de plaisance.
  • Proposition n° 24. Compléter la présentation des sanctions par un tableau de leur état de recouvrement.
  • Proposition n° 25. Créer un indicateur du taux de recouvrement des amendes prononcées en matière de REP dans le programme budgétaire 181.

Axe n° 3 : « Consolider la gouvernance des éco-organismes et la supervision publique des filières»

  • Proposition n° 26. Assortir chaque cahier des charges d’indicateurs restreints et auditables. Leur non-respect serait sanctionné sans plan d’action préalable par un organe spécialisé : service dédié de la direction générale de la prévention des risques ou régulateur ad hoc.
  • Proposition n° 27. Affecter à l’Ademe le produit des sanctions infligées aux éco-organismes et aux « passagers clandestins », afin d’abonder le fonds économie circulaire.
  • Proposition n° 28. Élargir les prérogatives du censeur d’État. Ouvrir à l’Ademe un statut d’observateur sans voix délibérative au conseil d’administration des éco-organismes.
  • Proposition n° 29. Instituer un comité des parties prenantes unique dans les filières comptant plusieurs éco-organismes. Ce comité, piloté par l’organisme coordonnateur, se substituerait aux comités de chaque éco-organisme. Une formation restreinte serait maintenue pour les sujets couverts par le secret des affaires.
  • Proposition n° 30. Recentrer les organismes coordonnateurs sur la coordination opérationnelle, sans leur confier la gestion des mécanismes de compensation financière entre éco-organismes.
  • Proposition n° 31. Garantir une représentation effective des petits producteurs.
  • Proposition n° 32. Donner un poids réel aux collectivités, aux associations et aux acteurs du réemploi au sein des comités des parties prenantes. Les barèmes de soutien et les contrats types qui concernent les collectivités seraient soumis à l’avis conforme de ces comités.
  • Proposition n° 33. Assurer une évaluation concurrentielle systématique avant la création ou l’extension d’une filière REP, dans le cadre de l’étude d’impact.
  • Proposition n° 34. Prévenir les contentieux par la médiation, la clarification des responsabilités et la transparence.
  • Proposition n° 35. Renforcer la prise en compte du droit de la concurrence, notamment par une saisine facilitée de l’Autorité de la concurrence.
  • Proposition n° 36. Garantir le respect des engagements financiers des éco-organismes. Dans l’attente d’un éco-organisme unique par filière, subordonner à l’accord préalable de l’administration toute baisse de barème qui s’écarterait de la trajectoire ayant fondé l’agrément.
  • Proposition n° 37. Tendre vers un éco-organisme unique par filière. Celui-ci serait désigné à l’issue des agréments en cours, après une mise en concurrence de type appel d’offres. Une procédure de continuité serait prévue en cas d’absence de candidat ou de défaillance du titulaire.
  • Proposition n° 38. Transmettre les dossiers d’agrément deux semaines avant les réunions de la commission inter-filières (Cifrep).
  • Proposition n° 39. Renforcer les effectifs et l’expertise économique des administrations chargées du contrôle.
  • Proposition n° 40. Piloter les effectifs de suivi des filières au sein de l’Ademe, au moyen d’un budget annexe.
  • Proposition n° 41. Remplacer, dans les cahiers des charges, les objectifs de moyens par des objectifs de résultats, notamment en matière de communication et de réemploi.
  • Proposition n° 42. Organiser une réunion de cadrage avec chaque candidat à l’agrément.
  • Proposition n° 43. Structurer les demandes d’agrément sur le modèle des marchés publics.
  • Proposition n° 44. Allonger la durée des agréments, avec une clause de revoyure annuelle. La durée maximale serait fixée par la loi, puis précisée par voie réglementaire.
  • Proposition n° 45. Instituer un suivi annuel et contradictoire de l’exécution des agréments, conduit par l’État avec l’appui de l’Ademe.

Après la gouvernance, le rapport propose de mettre les filières REP au service d’une politique industrielle de souveraineté.

Axe n° 4 : « Renforcer les filières REP et les placer au service d’une politique industrielle de souveraineté »

  • Proposition n° 46. Imposer aux éco-organismes et aux systèmes individuels une trajectoire de réduction de la production de déchets à court, moyen et long termes, assortie d’indicateurs. Sécuriser ces démarches collectives au regard du droit de la concurrence.
  • Proposition n° 47. Porter de 5 % à 10 % le plancher du fonds réemploi et réutilisation. Les sommes non dépensées seraient prélevées au profit du fonds économie circulaire de l’Ademe.
  • Proposition n° 48. Corriger l’architecture des fonds réparation et réemploi par la mutualisation, le ciblage et la simplification de leur accès.
  • Proposition n° 49. Imposer une transparence complète sur l’emploi des fonds réemploi et réparation. Les sommes non consommées du fonds réparation seraient, elles aussi, prélevées au profit du fonds économie circulaire de l’Ademe.
  • Proposition n° 50. Renforcer l’éco-modulation. Dans les filières où les modulations sont absentes ou d’un niveau dérisoire, le ministre utiliserait le pouvoir de les fixer par arrêté prévu par l’article L. 541-10-3 du code de l’environnement. Le relèvement à 50 % du plafond de modulation, aujourd’hui limité au textile, serait étendu aux produits dont le bas prix prive le plafond de 20 % d’effet incitatif. Les pénalités minimales seraient exprimées en euros par unité ou par tonne.
  • Proposition n° 51. Généraliser, lors du renouvellement des cahiers des charges, les « enveloppes à la performance » instituées dans la filière des emballages professionnels. En cas de non-atteinte des objectifs, l’éco-organisme financerait des investissements à proportion de l’écart constaté. Les sommes non investies dans un délai de deux à trois ans seraient prélevées au profit de l’Ademe. Ce mécanisme serait étendu en priorité à la filière textile.
  • Proposition n° 52. Inscrire les soutiens dans une trajectoire pluriannuelle.
  • Proposition n° 53. Élaborer une stratégie nationale pluriannuelle et interministérielle de l’économie circulaire.
  • Proposition n° 54. Répercuter sur les filières REP la « ressource propre plastique » de l’Union européenne, au moyen d’une taxe sur les emballages plastiques. Le dispositif reprendrait celui que comportait l’article 21 du projet de loi de finances pour 2026 (projet d’article). Sa trajectoire devrait aboutir à un niveau significatif au regard du taux d’appel européen de 800 euros par tonne.
  • Proposition n° 55. Étendre les obligations déclaratives à la destination finale des flux exportés.
  • Proposition n° 56. Sécuriser la demande en matières recyclées d’origine européenne : objectifs d’incorporation, critères de proximité et primes à la tonne incorporée.
  • Proposition n° 57. Développer une stratégie inter-filières par matière. Expérimenter, pour une durée limitée et pour le seul plastique, une REP par matière, avant toute généralisation.

A lire également

Le rapport n° 3431 s’inscrit dans une série de travaux consacrés aux éco-organismes. Les principaux sont rappelés ci-dessous, suivis des articles publiés par le cabinet.

Les rapports précédents

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Éco-organismes et filières REP

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La Commission européenne a présenté, le 27 octobre 2026, un "cadre de l'Union pour la résilience climatique" (cf. communiqué de presse IP/26/2244). Ce cadre repose sur une communication et sur une proposition de règlement dite « loi européenne sur la résilience...

Adaptation au changement climatique : le Parlement examine la proposition de loi inscrivant dans la loi le plan national d’adaptation (PNACC) et la trajectoire de réchauffement de référence pour l’adaptation au changement climatique (TRACC)

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Voici un texte important pour la politique nationale d'adaptation au changement climatique qui pourrait, sous réserve du résultat des travaux parlementaires en cours, permettre une vraie avancée. Le Sénat vient d'adopter en première lecture, ce 19 octobre 2026, la...

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